Au Luxembourg, comme ailleurs, les débats sur l’environnement ont conduit à des mesures contre les automobilistes. Comment est-ce que la FIA peut défendre leurs intérêts ?
|
Nous avons conscience de l’impact de l'automobilisme sur l'environnement et en tant que fédération, nous avons notre rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Si le secteur automobile représente environ 10% de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre, l'agriculture y contribue pour une part bien plus importante. Et pourtant, ce secteur est moins stigmatisé que le nôtre. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, il importe que tous les secteurs qui émettent des gaz à effet de serre (y compris le transport) agissent de concert.
|
|
La FIA traite depuis longtemps déjà des questions environnementales. Dans notre déclaration "Pour des voitures vertes", nous avons énoncé comment les décideurs politiques, les constructeurs automobiles et les consommateurs pouvaient prendre part à la réduction de l'impact de l'automobilisme sur l'environnement. Ces dernières années, la campagne "Pour des voitures vertes" s’est avérée extrêmement efficace pour diffuser ces messages ; elle est désormais adoptée et promue dans les pays de près d'une centaine de nos Clubs membres, dont l'ACL au Luxembourg.
Par ailleurs, nous travaillons actuellement en étroite collaboration avec la Fondation FIA à l'appui de son initiative "50by50" qui prône une diminution progressive de la consommation de carburant pour atteindre un recul de 50% d'ici à 2050.
Grâce à ces initiatives, la FIA montre qu'elle adopte une démarche proactive, tournée vers le progrès, dans la lutte mondiale contre le changement climatique. Elle assume ses responsabilités.
Quelle est votre définition de la mobilité ?
A mes yeux, la mobilité est synonyme de liberté de circulation et ne se rattache pas à un seul mode de transport. Nous constatons que la mobilité apporte des avantages à la société, sur le plan social comme sur le plan économique, lesquels n'ont cessé de se multiplier avec l’apparition de l’automobile.
Par le passé, la FIA et ses Clubs membres ont défendu avec succès la mobilité en veillant à ce qu'elle soit sûre et qu'elle ne présente pas des coûts prohibitifs. Aujourd'hui, nous défendons la mobilité en œuvrant à la rendre durable.
La mobilité ne va pas cesser de progresser, nombreux sont les pays qui ne sont pas encore totalement motorisés, dans lesquels une grande partie de la population ne connaît pas encore les avantages de la mobilité individuelle. Il est essentiel de garantir que le développement de la mobilité continue à avoir des effets positifs sur la société en devenant une réalité pour d’avantages d’êtres humains. Pour ce faire, nous devons anticiper, nous adapter et progresser de façon à pouvoir surmonter les obstacles qui se dresseront devant nous dans le futur. Je pense non seulement aux questions environnementales mais aussi à tous les enjeux de sécurité.
Pour les clubs, cela signifiera certainement des changements. Est-ce que le « A » dans les sigles FIA, ACL et bien d’autres, pourrait devenir un handicap ?
Je ne peux concevoir un avenir proche sans automobile ; cela dit, je pense que la mobilité individuelle ne se limite pas à la seule automobile. Nous devons veiller à ce que tous les éléments, comme les transports en commun ou en zone urbaine le vélo, soient encouragés et intégrés de façon harmonieuse. La mobilité est bénéfique à la société et peut être sûre et écologique à condition que nous continuions à en faire notre objectif ultime. Si nous poursuivons dans cette voie, il n'y a aucune raison pour que l'automobile soit perçue comme un handicap.
La FIA réunit des grands et des petits Clubs. Au sein d’une fédération aussi étendue, quel rôle peut jouer l’ACL ?
L’ACL est un grand et un petit Club à la fois. On pourrait croire que parce que le Luxembourg est un petit pays, son club serait à cette image, pourtant c’est tout le contraire. Fort de 165 000 membres qui représentent près de 30% de la population, l’ACL peut se targuer de pouvoir appréhender les aspects quotidiens d’un grand Club.
J’estime que les Clubs du monde entier ont beaucoup à apprendre de l’ACL sur de nombreuses questions notamment sur la pénétration de marché, la forte affiliation ou encore la synergie entre la mobilité et le sport. Mettre en avant cet aspect auprès des Clubs qui n’ont pas cette double compétence est un des rôles importants qui incombent à l’ACL au sein de notre organisation.
Dans son ensemble, la force de la FIA réside dans sa diversité, et c’est grâce à cette diversité que les Clubs peuvent mettre à profit leurs expériences, leurs différences pour apprendre les uns des autres, collaborer et permettre l’échange de pratiques optimales. Dans ce processus, l’ACL y joue d’ores et déjà un rôle important.
C’est moins connu mais la FIA a également une mission en matière de tourisme. Avez-vous des projets d’avenir en la matière ?
La FIA a le statut d'observateur auprès de l'Organisation mondiale du tourisme et force est d’admettre que, ces derniers temps, nous n’avons pas tiré pleinement parti de ce statut.
Dans le cadre du plan de la FIA pour la Mobilité, nous avons récemment mené une étude en collaboration avec nos Clubs membres sur les principales préoccupations des touristes au moment de choisir leur destination de voyage. Publiées l'année dernière, les conclusions de cette étude montrent que la sécurité constitue le principal sujet d'inquiétude.
La question de la sécurité routière dans le domaine du tourisme a été relativement peu étudiée. Partant de ce constat, la Fondation FIA s’est saisi du sujet de la sécurité routière et le tourisme ; un rapport devrait paraître prochainement et constituera le premier document pleinement consacré au problème.
J’ai bon espoir que ces initiatives contribueront à renforcer le rôle de la FIA dans ce domaine.
Vous avez fait une longue carrière, couronnée de succès, dans le sport automobile. C’est donc un milieu que vous connaissez bien. La Formule Un surtout a été marquée ces dernières années par des scandales à répétition, par des changements de règlement incessants, par la crise. A quoi ressemblera l’empreinte de Jean Todt sur la discipline ?
La Formule Un n'a nullement besoin d'une révolution. J'entends poursuivre le travail constructif qui a été fait ces dernières années. Naturellement les polémiques sont malheureusement inévitables lorsque les enjeux atteignent de tels niveaux mais c’est sur les initiatives concrètes en faveur du sport et de l’industrie que je souhaite mettre l’accent.
Il est important de se rappeler que des progrès ont continué à être réalisés ces dernières années. Les technologies en matière de sécurité développées en Formule Un peuvent avoir un très grand impact sur les voitures routières. Mais il existe, selon moi, un lien à renforcer entre le sport et la mobilité. C’est l’une de mes priorités. Le sport doit d’avantage encore être le laboratoire de recherche des grands constructeurs.
Je suis par ailleurs fermement résolu à poursuivre notre action en faveur d'une réduction des coûts en Formule Un car c’est à mes yeux un élément crucial pour assurer la durabilité à long terme du sport. Le seul fait que nous ayons un plateau complet cette année montre que nous avons d'ores et déjà accompli de gros progrès dans ce domaine et j’entends poursuivre dans cette voie.